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Des cultures sous tensions. Les rationalisations des grandes entreprises agricoles
À partir d’entretiens qualitatifs et d’observations in-situ réalisés dans la filière française des fruits et légumes, cet article met au jour les tensions entre rationalisation formelle et matérielle au sein de grandes entreprises agricoles. À travers l’exemple des chefs de culture et de l’étude d’un outil de gestion, il montre que l’émergence d’une rationalisation formelle, imposée par les acteurs de l’aval, revêt trois formes : une rationalisation du travail de la plante, une rationalisation de la gestion de la main d’œuvre ainsi qu’une rationalisation par le processus d’intégration de la firme. Celle-ci entraîne alors une transformation des professionnalités des chefs de culture, en allant jusqu’à infléchir leurs pratiques et remettre en question leurs territoires professionnels. Elle conduit à faire du chef de culture un représentant d’une domination rationnelle, similaire à celle exercée par un bureaucrate wébérien.
François Purseigle et Loïc Mazenc - Publié dans L’Année sociologique, sous presse - 2021
https://www.cairn.info/revue-l-annee-sociologique-2021-1-page-127.htm

Résister dans une exploitation. Les effets du « management » sur le travail dans une firme agricole française
À partir du cas d’une firme de production agricole, située en France et spécialisée dans la culture du melon, cet article analyse les évolutions de l’organisation du travail et notamment les résistances au management. Nous montrerons qu’elles peuvent être individuelles ou collectives, « pour soi » ou « pour les autres », freiner la production ou, au contraire, l’accélérer. Elles résultent toujours d’une volonté de desserrer l’étau du contrôle et de se réapproprier le travail, conséquence d’un contrôle plus récent, celui de la grande distribution sur l’exploitation agricole, exigeant toujours plus de dispositifs de normalisation et de certification des produits comme des procédés.
Mazenc Loïc - Publié dans Études rurales, 205, pages 206-227 - https://doi.org/10.4000/etudesrurales.22571 - Janvier / Juin 2020

Sous-traitance et délégation du travail :
marqueurs des mutations de l’organisation de la production agricole
Répondant à la difficile transmission familiale des exploitations ou aux stratégies de croissance des plus grandes d'entre elles, l'essor de la prestation de services est l’une des tendances marquantes de l'évolution de l'agriculture française. Ce marché, estimé à environ 4 milliards d’euros, se caractérise par une forte transformation de la demande et par la création de nombreuses entreprises de travaux dédiés. Si la plupart d'entre elles proposent de réaliser des tâches précises, d'autres ont développé une large gamme de services, allant de l’audit de propriétés agricoles à la gestion intégrale de l’exploitation, à la fois technique, administrative et financière. La sous-traitance agricole, et notamment la délégation intégrale des activités, restent pourtant peu documentées et diverses questions demeurent auxquelles cet article contribue à répondre. La première partie explicite la méthode utilisée et les trois suivantes présentent un état des lieux du marché, puis un recensement de l'évolution des pratiques, et enfin une analyse des formes innovantes d’organisation de la prestation de services.
Geneviève Nguyen, François Purseigle, Julien Brailly, Bruno Legagneux - Note et Étude Socio-économique, n°47, pp. 43-88, Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation - 2020

Le nouveau capitalisme agricole. De la ferme à la firme.
En rupture avec l'exploitation familiale traditionnelle, des firmes agricoles se profilent dans de nombreuses régions du globe. Avec elles, s’amorce une recomposition agraire dont les contours restent largement invisibles. À l’exception de quelques cas médiatisés de « mégafermes » et autres « fermes des 1 000 vaches », la majorité de ces firmes ont jusqu’à présent échappé à l’analyse tant leurs visages sont multiples et flous. Leurs performances économiques et financières tout comme leurs incidences environnementales et sociales interrogent aussi bien les milieux politiques, professionnels que scientifiques. Comment sont-elles organisées ? Quels sont leurs logiques et modes d’action ? Dans quels espaces s’inscrivent-elles ? Comment une ferme familiale devient-elle une firme agricole ? Quels types d’acteurs sont impliqués ? Quels rapports au politique entretiennent-elles ? Quels conflits provoquent-elles ?
François Purseigle, Geneviève Nguyen, Pierre Blanc - Presses de Sciences Po - 2017
https://www.cairn.info/le-nouveau-capitalisme-agricole--9782724621358.htm

Les agricultures de firme Tome 1 et Tome 2
Ces numéros visent à rendre compte ici d'une forme d’agriculture encore impensée par la communauté des ruralistes. Le développement de structures hautement capitalistiques sur le marché des matières premières agricoles, l’émergence de nouveaux statuts juridiques relatifs aux catégories d’exploitations et l’arrivée, sur la scène agricole, d’acteurs étrangers au secteur témoignent en effet d’une rupture avec le modèle familial traditionnel consacré par les grandes politiques de la seconde moitié du XXe siècle. À l’échelle de la planète et parallèlement à une agriculture familiale « sociétaire » abstraite apparaissent des agricultures de firme complexes portées par des investisseurs qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en matières premières agricoles et/ou à maximiser leurs placements financiers. Ces agricultures reposent notamment sur la multiplicité des prises de décision et sur une mobilisation forte de ressources matérielles et immatérielles d’origine non agricole. De la France à l’Indonésie, l’Argentine, l’Afrique du Sud et la Chine en passant par l’Europe centrale et la Russie, les textes réunis dans ces volumes montrent que des formes d’intervention, globales et mondialisées, modifient en profondeur les agricultures nationales.
« Les agricultures de firme. Tome 1 » - François Purseigle (ed.) - Études rurales, n° 190, Editions EHESS - 2012
https://www.cairn.info/revue-etudes-rurales-2012-2.htm
« Les agricultures de firme. Tome 2 » - François Purseigle, Gérard Chouquer (eds.) - Études rurales, n° 191, Editions EHESS - 2013

L'agriculture de firme : un fait émergent dans le contexte agricole français ?
Cet article tente de relever ce qui, en économie agricole ou agroalimentaire et en statistique agricole, contribue à définir « l’agriculture de firme » parmi l’ensemble des exploitations agricoles françaises. Même si l’exploitation familiale tend à éclater, elle reste la norme du paysage rural français. Ce qui nous intéresse ici renvoie à la « théorie de la firme », lieu de répartition stratégique entre le travail et le capital. Cet article montre que cette forme nouvelle d’entrepreneuriat agricole ne dépend pas uniquement de la capacité d’adaptation de l’agriculteur ou des jeux de pouvoir qu’exercent les filières agroalimentaires. Pour ce qui est des financements nécessaires au développement, la famille rapprochée et le système coopératif laisseraient la place à la famille élargie et aux stratégies d’ouverture. Cette réflexion s’appuie sur quelques repères analytiques et sur une exploration des premiers résultats du recensement agricole de 2010.
Valérie Olivier, Bruno Legagneux - Etudes Rurales, n° 190, pp. 77-97 - 2012
https://www.cairn.info/revue-etudes-rurales-2012-2-page-77.htm

Facteurs personnels et intention de sortie entrepreneuriale : les effets médiateurs de l’engagement au travail et de l’épuisement émotionnel de l’agriculteur
Cette recherche étudie les conséquences de la personnalité proactive et de l’obligation morale de rester dans l’entreprise sur l’intention de sortie entrepreneuriale de l’agriculteur. En nous basant sur la théorie de la conservation des ressources et le modèle exigences-ressources, nous postulons que ces deux facteurs personnels sont liés à l’engagement au travail et l’épuisement émotionnel. À travers l’engagement et l’épuisement, la personnalité proactive et l’obligation morale affectent l’intention de sortie. À partir d’un échantillon de 210 agriculteurs français particulièrement concernés par les sorties entrepreneuriales, les résultats montrent que l’engagement médiatise les relations négatives entre d’une part la personnalité proactive et l’intention de sortie et d’autre part entre l’obligation morale de rester et l’intention de sortie. L’épuisement émotionnel médiatise la relation positive entre l’obligation morale et l’intention de sortie. Cette recherche contribue à la littérature sur la sortie entrepreneuriale en examinant empiriquement les mécanismes qui lient des facteurs personnels à l’intention de sortie.
BARRAUD-DIDIER Valérie et GATIGNON-TURNAU Anne-Laure, « Facteurs personnels et intention de sortie entrepreneuriale : les effets médiateurs de l’engagement au travail et de l’épuisement émotionnel de l’agriculteur », Revue de l’Entrepreneuriat, 20(3), 2021, 45-68.
https://www.cairn.info/revue-de-l-entrepreneuriat-2021-3-page-45.htm

Stresseurs au travail, épuisement émotionnel et intention de l’agriculteur de quitter précocement sa profession
Cette recherche explore la relation entre trois stresseurs au travail, l’épuisement émotionnel de l’agriculteur et son intention de quitter précocement sa profession. En s’appuyant sur le modèle exigences-ressources, les auteurs postulent tout d’abord une relation directe entre les stresseurs et l’intention de quitter puis une relation indirecte, par le biais de l’épuisement émotionnel. À partir d’un échantillon de 144 arboriculteurs français, les résultats montrent que l’insécurité professionnelle et l’obligation morale de rester dans l’exploitation sont liées directement à l’intention de quitter précocement la profession et également de façon indirecte, en passant par l’épuisement émotionnel. La charge de travail est quant à elle liée à cette intention par l’intermédiaire de l’épuisement.
BARRAUD-DIDIER Valérie, GATIGNON-TURNAU Anne-Laure, MAZENC Loïc, « Stresseurs au travail, épuisement émotionnel et intention de l’agriculteur de quitter précocement sa profession » Economie rurale, N°385 (juillet-septembre), 2023, 63-81.
https://www.cairn.info/revue-de-l-entrepreneuriat-2021-3-page-45.htmhttps://www.cairn.info/revue-economie-rurale-2023-3-page-63.htm?contenu=resume

Qui les services de conseil laissent-ils de côté ? Une réflexion critique sur les agriculteurs ‘difficiles d’accès’
Bien que la Politique agricole commune de l’Union européenne ait élargi ses objectifs pour intégrer les questions sociales, plusieurs groupes d’agriculteurs et de travailleurs continuent d’être ignorés par les services de conseil et les politiques associées. Établir un lien avec ces groupes difficiles d’accès pourrait permettre
d’accroître la cohésion économique et sociale des agricultures européennes. Nous avons interrogé plus de 1,000 agriculteurs à travers l’Europe et identifié les caractéristiques de groupes qui sont souvent ignorés par les services de conseil. Nous avons examiné de manière critique les cohortes sociales concernées et réfléchi à la manière de mieux les accompagner. Elles comprennent les ouvriers agricoles, les nouveaux entrants ou ‘changeurs de carrière’, et les adoptants ultérieurs. Nous clarifions aussi les différents types d’organisations dans le paysage du conseil, en distinguant ceux qui sont liés aux ventes d’intrants ou de technologies de ceux qui en sont indépendants. Nous formulons des recommandations concrètes sur la manière de faire intervenir des conseillers auprès de groupes difficiles d’accès, avec des approches adaptées aux différents contextes nationaux des systèmes de connaissances et d’innovation agricoles (AKIS). Ces recommandations pourraient ainsi contribuer à la dimension AKIS des Plans Stratégiques Nationaux de la prochaine Politique agricole commune (2023–2027). Nous plaidons pour une intégration plus forte des avancées des sciences sociales permettant une meilleure compréhension du conseil en tant qu’interaction sociale, afin de renforcer le caractère inclusif des politiques publiques de conseil.
Pierre Labarthe & Lee‐Ann Sutherland & Catherine Laurent & Geneviève Nguyen & Talis Tisenkopfs & Pierre Triboulet & Noemie Bechtet & Ellen Bulten & Boelie Elzen & Lívia Madureira & Christina Noble & J, 2022. "Who are Advisory Services Leaving Out? A Critical Reflection on ‘Hard to Reach’ Farmers," EuroChoices, The Agricultural Economics Society, vol. 21(1), pages 50-55, April.
https://doi.org/10.1111/1746-692X.12347
Mutations de l’organisation du travail et de la structure des exploitations
Une nouvelle Politique agricole commune (PAC) est en cours de négociation. Parmi les défis majeurs qu’elle doit relever, celui du maintien des actifs agricoles est sans doute le plus central puisqu’il conditionne l’avenir même du secteur. En effet, le nombre d’actifs agricoles n’a cessé de diminuer depuis la création de la PAC. En particulier, sur la période récente 2005-2017, le nombre d’actifs familiaux a baissé de 31,5%, et aujourd’hui, une majorité des agriculteurs ont 55 ans et plus (Eurostat). Comment le travail s’est-il donc réorganisé sur les exploitations agricoles ?
La question n’est pas nouvelle mais elle a été peu abordée sous l’angle de l’impact sur les structures d’exploitation et le statut d’agriculteur. Cet article vise à contribuer à ces débats à partir du cas de la France. Pour cela, nous avons cherché à construire, par la méthode de la classification, une typologie d’exploitations agricoles avec comme critère principal la répartition des apports en travail recensés par la statistique agricole française (Ministère de l’agriculture, Mutualité sociale agricole). Cette analyse statistique a été complétée par des études de cas d’exploitations agricoles pour les trois types en émergence.
Geneviève Nguyen, François Purseigle, Bruno Legagneux. Changes in labour organisation and farm structure. EuroChoices, 2021, 20 (3), pp.54-55. ⟨10.1111/1746-692X.12336⟩. ⟨hal-03571885⟩
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1746-692X.12336

Leviers stratégiques des exploitations laitières françaises dans un contexte d’incertitude
Dans un environnement marqué par la libéralisation des marchés et l’évolution des attentes sociétales, les exploitations laitières françaises sont aujourd’hui confrontées à des enjeux de cohérence interne et de renouvellement des générations mais aussi de pertinence externe. Pour éclairer ces enjeux et accompagner ces entreprises, cette étude propose un cadre d’analyse novateur permettant d’appréhender les leviers stratégiques internes et externes des entreprises laitières dans une perspective historique. La comparaison des leviers mis en œuvre par 29 exploitants dans différents contextes (Régions Occitanie et Bretagne) débouche sur l’identification de leviers d’action à différentes échelles. Dans un environnement contraint et incertain, la réappropriation individuelle de la conception du modèle d’entreprise apparaît stratégique. L’action collective reste pertinente mais elle se renouvelle à la fois dans une logique de mutualisation (rapprochement des exploitations, sous-traitance, contrats), de diversification (énergétique) et de spécification (réinvestissement de la fonction commerciale notamment). Pour accompagner ces transitions, les organisations sectorielles sont amenées à passer du pilotage de ressources génériques à l’accompagnement de stratégies productives diversifiées et territorialisées.
Dervillé M., Ferreira-Guimaraes A., Nguyen G. (sous-presse) " Leviers stratégiques des exploitations laitières françaises dans un contexte d’incertitude ", Economie rurale, n°389, juillet-septembre 2024, à paraître.

Quelle singularité des contrats sur la production en France, dans un contexte de transition des filières agricoles
Les enjeux de transformation des pratiques de production et de commercialisation questionnent les arrangements organisationnels dans les filières agricoles, dont les démarches contractuelles. Celles-ci sont diverses et peu de travaux étudient les effets des contrats ayant des clauses sur les conditions de production en sus des conditions de commercialisation. Repositionnés au sein de la littérature économique, et sous l’éclairage du droit, cet article vise à lever des ambiguïtés dans la définition de ces contrats et à dresser un ensemble de propositions sur les rationalités liées à leurs usages et effets, pour proposer un agenda de recherche qui permettrait de mieux objectiver le rôle potentiel de ces contrats dans la transformation et la transition des filières.
Magrini M-B., Cholez C., Bettoni L. Bouroullec-Machado M., Dervillé M., Krajeski D., Nguyen G. 2023. « Quelle singularité des contrats sur la production en France, dans un contexte de transition des filières agricoles ? », Economie rurale, n°385, juillet-septembre 2023, pp. 119-140.
https://www.cairn.info/revue-economie-rurale-2023-3-page-119.htm

Pour un programme de recherche renouvelé autour de la grande entreprise agricole
Cet article propose un programme de recherche renouvelé autour de la grande entreprise agricole. Il revient sur la nécessité de poursuivre le travail de caractérisation des nouvelles formes d’organisation de la production agricole, de comprendre leur dynamique d’évolution et les conséquences induites au prisme des changements qui se sont opérés au niveau des filières agricoles et agroalimentaires.
Purseigle F., Nguyen G. 2022. « Pour un programme de recherche renouvelé autour de la grande entreprise agricole », Systèmes alimentaires – Food Systems, n°7, pp. 207-230.

La sous-traitance agricole en France : Mise en perspective statistique d’un phénomène émergent
Cet article cherche à tracer les contours d’un fait émergent méconnu en agriculture, celui de l’essor remarquable de la sous-traitance des travaux agricoles depuis le début des années 2000. Très peu étudiée, cette pratique concerne pourtant aujourd’hui pas moins de six agriculteurs sur dix. Pour cerner ce fait malgré les difficultés méthodologiques liées à son invisibilité, une démarche mixte a été développée articulant des analyses statistiques de données secondaires et d’autres originales issues de deux sondages menés en 2018 et 2021, avec des analyses qualitatives d’enquêtes auprès des acteurs de la sous-traitance. Les résultats mettent en lumière différentes facettes du fait émergent, dont des pratiques de sous-traitance et de délégation intégrale en rupture avec celles traditionnellement connues, ainsi que des changements importants du côté de l’offre avec la progression inédite des entreprises de travaux agricoles et l’arrivée de nouveaux acteurs. Ils pointent également les irrationalités économiques et les débats controversés qui accompagnent ce fait émergent aux enjeux majeurs pour l’agriculture.
Nguyen G., Purseigle F., Brailly J., Marre M. 2022. « La sous-traitance agricole en France : Mise en perspective statistique d’un phénomène émergent » / « Agricultural Outsourcing in France: A Statistical Perspective on an Emerging Phenomenon », Economie et Statistique / Economics and Statistics, n°532-33, pp. 89–110.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/6472237?sommaire=6472271
Les firmes rizicoles en Camargue : origine, diversité et évolution
Résumé à venir
Purseigle F., Nguyen G. 2018. « Les firmes rizicoles en Camargue : origine, diversité et évolution ». In J.C. Mouret, B. Leclerc (coord.), 2018, Le riz et la camargue : vers des agrosystèmes durables, Educagri Editions, pp. 315-330
https://hal.inrae.fr/hal-02786928
https://umr-innovation.cirad.fr/actualites/riz-et-camargue#:~:text=Depuis%20plus%20de%20trente%20ans,innovations%20port%C3%A9es%20par%20ses%20acteurs.

Mutations des entreprises agricoles et nouveaux modes d’accès au foncier
Le marché du foncier agricole français est sous tension et l'accès aux terres agricoles est aujourd'hui particulièrement difficile pour les agriculteurs qui veulent s'agrandir ou s'installer. Selon la Fédération nationale des Safer* (FNSafer) et Terres d'Europe-Scafr 96 , les prix du foncier agricole ont augmenté en moyenne de 40% environ entre 1997 et 2012. Pour autant, ils restent très inférieurs à celui du foncier à bâtir, en particulier en zone périurbaine, ce qui encourage la conversion des terres vers d'autres usages. En l'espace d'un demi-siècle, la France a ainsi vu l'artificialisation de près de 28% de ses terres agricoles. Celles-ci sont par ailleurs de plus en plus convoitées par les investisseurs étrangers car leurs prix, malgré une augmentation continue, restent bien inférieurs à ceux des autres pays européens (FNSafer et Terres d'Europe-Scafr, 2012 ; FNSafer, 2015 ; Levesque, 2016). Il y aurait de moins en moins de terres agricoles à vendre en France. Le volume des transactions des terrains agricoles libres de toute location a été divisé par deux entre 1997 et 2012, au profit du marché de la location. Pour la première fois, en 2010, ce dernier a dépassé celui des ventes. 76% de la surface agricole utile* française sont aujourd'hui cultivés par des agriculteurs qui n'en sont pas propriétaires (Courleux, 2013). Alors que la population agricole ne compte plus qu'un million d'actifs (soit près de 2% de la population active totale), elle ne constitue plus son propre vivier pour assurer sa reproduction. La reprise des exploitations achoppe très souvent sur la question foncière. On assiste à une rétention d'une partie du foncier par d'anciens acteurs de la production agricole au détriment de l'installation de jeunes agriculteurs 97. Le projet patrimonial prime bien souvent sur le projet d'entreprise. Parallèlement, les statistiques publiques nous informent que les exploitations sous forme sociétaire* occupent une place grandissante, et notamment les sociétés civiles ou les sociétés anonymes, jusqu'alors peu communes en agriculture. Entre 1988 et 2010, alors que le nombre d'exploitations individuelles a été divisé par trois, le nombre d'exploitations au statut sociétaire a lui doublé pour atteindre aujourd'hui 30% du total. Le nombre d'acquisitions de terres agricoles réalisées par ces sociétés a triplé entre 1997 et 2012, ce qui a contribué au phénomène de concentration foncière (Levesque et al., 2011 ; FNSafer et Terres d'Europe-Scafr, 2012).
Anzalone G., Purseigle F., Nguyen G., Hervieu B. 2019. « Mutations des entreprises agricoles et nouveaux modes d’accès au foncier », In B. Chouquer et M.C. Maurel (eds), Normes et pratiques foncières et agricoles – Volume 1 Les mutations récentes du foncier et des agricultures en Europe, Presses Universitaire de Franche-Comté, ouvrage traduit en chinois pour les Presses Universitaires de Canton.
https://hal.science/hal-02063962

Comment la mobilisation de la main-d’œuvre change-t-elle dans les exploitations
Plusieurs interprétations peuvent être données à la notion d’«organisation du travail» (Dedieu et Servière, 2012). L’acception la plus courante fait référence à l’organisation de la main-d’œuvre sur l’exploitation, avec le recours à différentes catégories de travailleurs (famille, salariat, entreprises sous-traitantes, entraide, etc.). D’autres approches peuvent également être adoptées, comme l’illustre l’encadré 1.5 qui présente celle privilégiée par les zootechniciens des systèmes d’élevage. Cette partie montre qu’au-delà des travailleurs eux-mêmes, c’est la façon dont ils sont mobilisés qui évolue. Elle réinterroge ainsi le caractère familial des exploitations françaises. [...]
Legagneux B., Nguyen G. 2019. « Chapitre 1.1.3. Comment la mobilisation de la main-d’œuvre change-t-elle dans les exploitations ? » et « Chapitre 1.2.2. Sous-traitance et agriculture : les recompositions en cours », In Forget V., Depeyrot J.-N., Mahé M., Midler E., Hugonnet M., Beaujeu R., Grandjean, A., Hérault B., 2019, Actif’Agri. Transformations des emplois et des activités en agriculture, Centre d’études et de prospective, Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, la Documentation française, Paris.
[ouvrage téléchargeable] https://agriculture.gouv.fr/actifagri-de-lemploi-lactivite-agricole-determinants-dynamiques-et-trajectoires
[note de synthèse de l'ouvrage] https://agriculture.gouv.fr/actifagri-transformations-des-emplois-et-des-activites-en-agriculture-analyse-ndeg145

Sous-traitance et agriculture : les recompositions en cours
La sous-traitance des travaux agricoles n’est pas un phénomène nouveau. Pour de nombreuses exploitations ne possédant pas le matériel nécessaire, parce que trop petites pour amortir l’investissement, il est habituel de recourir aux services d’un voisin, d’une CUMA ou d’une entreprise de travaux agricoles (ETA). Ce phénomène prend toutefois de l’ampleur depuis les années 1990 (Hébrard, 2001 ; Chevalier, 2007), et s’accompagne de reconfigurations du fonctionnement des exploitations concernées (Harff et Lamarche, 1998). Entre 2010 et 2016, les données issues de la statistique agricole montrent une augmentation de 53 % du nombre d’exploitations ayant recours de manière importante à la délégation, principalement des exploitations spécialisées en grandes cultures [...]
Legagneux B., Nguyen G. 2019. « Chapitre 1.1.3. Comment la mobilisation de la main-d’œuvre change-t-elle dans les exploitations ? » et « Chapitre 1.2.2. Sous-traitance et agriculture : les recompositions en cours », In Forget V., Depeyrot J.-N., Mahé M., Midler E., Hugonnet M., Beaujeu R., Grandjean, A., Hérault B., 2019, Actif’Agri. Transformations des emplois et des activités en agriculture, Centre d’études et de prospective, Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, la Documentation française, Paris.
[ouvrage téléchargeable] https://agriculture.gouv.fr/actifagri-de-lemploi-lactivite-agricole-determinants-dynamiques-et-trajectoires
[note de synthèse de l'ouvrage] https://agriculture.gouv.fr/actifagri-transformations-des-emplois-et-des-activites-en-agriculture-analyse-ndeg145
